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Al-Ahram Hebdo
Avoir
Israël et le Hamas par l'usure

Mercredi 6 janvier 2010
Sécurité .
La barrière de Rafah suscite énormément de
débats et d’accusations. L’Egypte, restée au départ discrète sur
la question, semble vouloir faire pression sur le mouvement
islamiste qui contrôle Gaza et priver ainsi l’Etat hébreu de ses
alibis.
Les images sont retransmises par les télévisions et les agences
de presse suscitant de l’étonnement au départ, des polémiques
ensuite. C’est à Rafah au nord du terminal douanier entre
l’Egypte et la bande de Gaza. Un lieu qui, le moins que l’on
puisse dire, est le témoin de la situation dramatique et confuse
qui a lieu de l’autre côté de la frontière, c’est-à-dire à Gaza.
Il y a un an, c’était cette guerre sauvage déclenchée par Israël
et qui a fait au moins 1 400 morts parmi les Palestiniens.
Depuis, on est en plein statu quo avec quelques incidents et des
marchandages politiques interminables. A présent, la scène qui
vient s’imposer est celle des silhouettes de grues géantes et
des impressionnantes foreuses qui creusent le sol le long de la
frontière du côté égyptien pour installer des feuilles de métal
en profondeur : quelque 30 mètres et d’une longueur de 9 à 10
km. Il s’agit d’un mur ou, par euphémisme, d’une barrière.
L’objectif : empêcher la contrebande d’armes et d’autres
produits, y compris la drogue, à travers les tunnels creusés
entre Rafah et Gaza. Mais la question suscite beaucoup plus
d’échos et de réactions qu’on aurait pu imaginer. Ces travaux
d’Hercule ont commencé début décembre dernier. Le gouvernement
égyptien a adopté une attitude très discrète, ne commentant pas
au début les travaux, les niant quasiment, puis réduisant leur
portée à quelques travaux de fortification et ne parlant qu’à
demi-mot. Mais les réactions et les échos internationaux ont
obligé la diplomatie égyptienne à plus de précisions et de
vivacité, surtout que l’Egypte a été accusée d’agir pour cette
construction en collusion avec Israël et les Etats-Unis. Voire,
la France aussi est accusée de contribuer à ces travaux. Du
moins, c’est ce qu’ont lancé des sources israéliennes et qui a
été repris par le Centre palestinien d’informations qui relève
que « le site Tik Dika, proche du service israélien des
renseignements militaires, rapporte que le président du service
français des renseignements militaires a rendu visite à des
officiers français supervisant l’installation de ce mur d’acier
en collaboration avec les militaires égyptiens et américains ».
La presse internationale fait à cet égard un retour en arrière,
à l’exemple du Figaro : il y a un an, la guerre à Gaza s’enlise
et la polémique sur le nombre de victimes civiles gonfle. Mais
le premier ministre israélien, Ehud Olmert, rechigne à accepter
un cessez-le-feu. Il veut obtenir la garantie que le Hamas ne
pourra pas se réarmer grâce aux tunnels de Rafah. Le président
égyptien Hosni Moubarak, qui s’inquiète de l’influence
croissante de Téhéran dans la région, partage cette
préoccupation mais hésite à s’engager. Il faut plusieurs allers
retours de Nicolas Sarkozy entre Jérusalem et Charm Al-Cheikh
pour que le raïs accepte finalement de parler de « sécurisation
» de la frontière. A ceci s’ajoute un fait principal, résoudre
la crise interpalestinienne et avancer dans le processus de
paix.
Donc, cette barrière serait une sorte d’aboutissement de tout un
processus égyptien qui aurait essentiellement deux objectifs :
sécuriser sa frontière et pousser les Palestiniens, ceux du
Hamas surtout, à aller de l’avant pour un règlement. Un objectif
qui paraît facile mais qui gagne en complexité si l’on songe au
contexte international où Israël occupe une sorte de place
privilégiée. Mohamad Khamis, directeur de rédaction d’Al-Qods,
évoque à cet égard le pacte signé en janvier 2009 entre Tzipi
Livni, ministre des Affaires étrangères israélien de l’époque et
Condoleezza Rice, alors secrétaire d’Etat américaine. « Cela a
introduit la région dans un nouveau système sécuritaire dont
souffrent les pays de la région. Une de ses principales
manifestations a été le bombardement israélien d’une supposée
caravane d’armes soudanaises dans le territoire soudanais,
l’année dernière. En plus, des troupes de l’Otan prennent
position au large de Gaza pour contrôler les entrées et les
sorties. Je pense que la prise en charge par l’Amérique, la
France et Israël du mur égyptien intervient dans le contexte
d’une application de cet accord ».
C’est-à-dire que la position de l’Egypte n’est pas confortable.
Ce que d’ailleurs estime Khamis. D’une part, la décision
égyptienne s’explique par ces pressions internationales et
d’autre part par le fait que Le Caire ressent un certain malaise
à voir le mouvement islamiste Hamas prendre le contrôle de Gaza.
De plus, la stratégie égyptienne va à l’encontre de la ligne
politique du Hamas. D’ailleurs, l’Egypte a dès le début agi à
l’encontre de cet état de choses depuis le coup de force du
Hamas il y a deux ans et demi. Le journaliste affirme à cet
égard que le gouvernement égyptien utilisait des « moyens et des
mécanismes aux conséquences moins graves que ceux qu’entraînent
les mesures américaines et israéliennes, notamment l’imposition
d’un blocus total ». Pour Le Caire, le dialogue aurait pu opérer
un changement. Parce que l’Egypte était consciente qu’elle
souffrirait la première les conséquences de la pauvreté à Gaza.
« Pour l’Egypte, ce qu’il fallait faire c’était l’établissement
de frontières souples. Il s’agit par exemple d’une fermeture du
point de passage de Rafah avec des ouvertures de temps à autre,
pour les besoins urgents des habitants de Gaza », ajoute Khamis.
Pressions sur deux parties
En fait, ce sont donc des manœuvres au vrai sens du terme où
d’une part, l’Egypte veut avoir et le Hamas et Israël par
l’usure ? Amener le Hamas à une attitude plus conciliante,
surtout qu’il fasse la paix avec l’Autorité palestinienne, c’est
aussi priver Israël de ses alibis. En effet, consacrer la
division interpalestinienne, c’est réaliser les objectifs
d’Israël et des Etats-Unis. Ses buts, selon les analystes, c’est
de consacrer une séparation définitive entre la Cisjordanie et
Gaza de sorte que chacun des deux territoires ait un statut
politique différent. Ici, l’Egypte se retrouvera dans un vrai
traquenard sur les plans économique et politique, et également
sécuritaire. Ainsi, Le Caire rejette le slogan « La Cisjordanie
d’abord » et refuse même les mesures palestiniennes pour exiler
Gaza. Khamis cite un discours du chef de l’Autorité
palestinienne où il propose des élections même sans
réconciliation nationale. Le Caire a rejeté une telle option qui
consacrerait une division définitive. L’Egypte, sur sa lancée,
poursuit dans ce contexte ses efforts pour la réconciliation
entre les Palestiniens et pour un règlement de la question.
Droits de reproduction et de diffusion
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AL-AHRAM Hebdo
Publié
le 6 janvier 2010 avec l'aimable autorisation de AL-AHRAM Hebdo
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